Libres paroles : La caricaturiste Trax bouscule les conventions !

Publié par Alexandre FAURE

Mardi 08 mai 2018 | Libres Paroles

Trax offrant son dessin à la reine du curry (Carpentras mars 2018) Trax offrant son dessin à la reine du curry (Carpentras mars 2018)

Pour Christine Traxeler alias Trax la libération de la femme passe par l’acceptation de sa sexualité, de son appétit sexuel, égaux à celui de l’homme, d’une part, et d’autre part par le courage de relever la tête et de retourner une claque à celui qui vous met une main aux fesses si ça ne vous fait pas rire.

D’abord avocate, Trax,  est aujourd'hui dessinatrice de presse. Elle collabore aux journaux et revues : Le RaviLa DécroissanceZéliumEspoir et à divers sites web militants. Elle anime aussi des ateliers en milieu carcéral ou éducatif. Cette personnalité originale et généreuse qui participe à notre exposition itinérante « Au bout du crayon, les Droits des Femmes » prend ici la parole avec vigueur. Trax délivre quelques vérités crues et réjouissantes, propose des combats efficaces et ne s'en laisse jamais conter. Un entretien choc, drôle et réaliste. Merci à elle !

Le Crayon - Te définis-tu comme une militante féministe?

© Trax, « Vivre dans la rue c’est ne penser qu’à ça : Non aux expulsions. »

© Trax, « PUB : Quel espace pour la liberté d’expression ? »

Trax - Non. Je milite contre l’oppression en général. C’est pourquoi je milite activement au DAL et à RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire) mais pas dans un mouvement féministe parce que cela me semblerait entériner un a priori, plus ou moins sous-entendu, selon lequel la femme serait toujours l’opprimée et l’homme l’oppresseur. La vie et, comme toujours, mes années de barreau, (et je me réjouirai toute ma vie de les avoir vécues), m’ont appris que l’oppression est réciproque. Qu’il y ait plus d’oppression dans un sens que dans l’autre est possible mais pas absolument certain puisqu’il faut remonter à l’oppression initiale qui engendre toutes les autres : celle d’une société qui marche depuis longtemps et peut-être de plus en plus sur la tête. Il faut s’opposer à toutes les guerres, qu’elles fassent 10 ou 10 000 morts.

 

 

Le Crayon - Penses tu qu'il est plus facile d'aborder des questions touchant à la féminité si on est une femme? Notamment sans être taxée de sexiste? Je pense par exemple à l'univers de Brétécher.

Trax - Il est aussi légitime pour un homme que pour une femme de se poser des questions sur la féminité et sur la masculinité. Les questions et les réponses des uns et des autres s’enrichissent réciproquement (pour s’en tenir aux deux grandes catégories du genre). Je milite aussi pour le dialogue plutôt que pour les affirmations unilatérales et contre les dogmes.

J’admire Bretecher, son humour, son dessin, son écriture, c’est-à-dire tout ce que je connais d’elle à travers ses albums.

Le Crayon - Dans ton passé d'avocate as-tu eu à traiter des cas de viols ou de harcèlement sexuel ?

Trax - De harcèlements après divorce, oui, par celui ou celle qui avait été quitté. En apparence il ne s’agissait pas de harcèlement sexuel mais il est certain que la sexualité, la compétence sexuelle outragée, y était pour quelque chose.

© Trax, « Vie commune »

Quant au harcèlement professionnel, je me souviens d’un cas en particulier, dramatique, le harcèlement par un « petit chef » sur un salarié qui a fini en psychiatrie. Là encore, si je dois choisir (puisqu’on ne peut pas militer efficacement en militant partout) je préfère militer contre tout harcèlement.

J’aurais évidemment, sans hésiter, défendu un violeur, un terroriste ou un criminel (masculin générique). Mais il y a des arguments que je n’aurais jamais utilisés (« elle l’a bien cherché », par exemple, alors même que la victime n’y était strictement pour rien). Je me serais attachée à rechercher les causes dans la vie de l’accusé et surtout à démontrer que la prison n’est jamais une peine adéquate.

Le Crayon - Que penses-tu de cette phrase de Judith Stora Sandor? : " Le rire est le propre de l'homme et le sourire est le propre de la femme".  Ou en d'autres termes l'humour féminin est-il différent de l'humour des hommes?

© Trax, « Comme d’habitude, la prostitution s’invite aux J.O. »

Trax - Je suis en désaccord total avec cette affirmation (qui d’ailleurs, comme la plupart des mots d’esprits, sacrifie le fond à l’effet). D’ailleurs personnellement, je ris beaucoup. A supposer que ce soit vrai aujourd’hui, ça ne le serait qu’en 2018, dans un certain contexte, dans un certain pays, car c’est une certaine société qui permet à la femme de sourire et à l’homme de rire. Encore une fois à supposer que ce soit vrai, une telle affirmation fait véhiculer, presque comme une constatation d’un phénomène naturel et inaltérable, une idée fausse et figée, ce qui ne fait que légitimer, encourager une différence qui n’existe que ponctuellement dans le vaste temps et le vaste espace.

Le Crayon - Le milieu du dessin de presse est-il macho? Est-il difficile pour une femme d'y faire son chemin?

Trax - Non. Et non. C’est un milieu où les vannes grivoises sont monnaie courante et c’est un outil pour faire rire qui m’enchante et que j’utilise beaucoup moi-même. Je crois que la libération de la femme ne passe pas par la pudibonderie mais par l’acceptation par la femme de sa sexualité, de son appétit sexuel, égaux à celui de l’homme, d’une part, et d’autre part par le courage de relever la tête et de retourner une claque à celui qui vous met une main aux fesses si ça ne vous fait pas rire.

© Trax, « Harcèlement paritaire »

Je suis allée au carnaval de Dunkerque. Tous les hommes ou presque étaient déguisés en femmes. J’étais, je crois, la seule femme déguisée en homme avec un costume, une chemise, une cravate, un chapeau de mon père et une fine moustache tracée au crayon. Je mettais la main aux fesses des hommes par surprise. Ils se retournaient souvent en croyant que ça venait d’un copain et le prenaient plus ou moins bien. Mais quand ils s’apercevaient que ça venait d’une femme, ils étaient très surpris et troublés. Je crois qu’en faisant cela, en une seconde, j’ai fait avancer leur réflexion sur le plaisir ou le déplaisir qu’il y a à recevoir une main aux fesses beaucoup plus que des années de protestations féministes entendues dans les media ou au comptoir.

© Trax, « Vie commune »

Le Crayon - Tu es une des rares personnes qui aient fait des portraits de grandes figures du féminisme telles que Simone de Beauvoir, Millicent Fawcett, Kate Millett, Antoinette Fouque...  Pourquoi ce ou plutôt ces choix ?

© Trax, « Antoinette Fouque » (1936-2014)

© Trax, «kate Millett » (1934-2017)

Trax - Parce que dire que je milite contre toute oppression ne signifie pas que je nie le gigantesque travail fait par certaines femmes pour les femmes. Avant de critiquer les féministes, il faut les lire. J’espère que ces dessins  contribueront à ces lectures.  Comme il est essentiel que des femmes soient au Panthéon (où il y a d’ailleurs quelques hommes qu’on pourrait expédier ailleurs pour faire de la place à des femmes plus humanistes), il est essentiel qu’elles soient dessinées (surtout par Trax ! non, je plaisante). J’ai fait remarquer à un dessinateur très talentueux qu’il dessinait des conseils des ministres sans femmes, ce qui nous ramenait des années en arrière et véhiculait justement une vision phallocrate. Il m’a répondu qu’il avait du mal à dessiner des femmes (c’est faux, il dessine tout très bien avec beaucoup d’élégance) et que ce serait mettre deux idées dans le dessin qui est plus efficace s’il n’en contient qu’une. C’est faux aussi : dessiner un conseil des ministres avec des femmes, ce n’est une idée féministe que pour les derniers phallocrates (mâles ou femelles) ; dessiner un conseil des ministres avec des femmes, ce n’est pas dessiner une idée, c’est dessiner la réalité, l’idée du gag qui s’y ajoute sur un autre sujet reste unique dans le dessin. Personnellement je fais attention à dessiner des banquières, des papas qui amènent leur enfant chez le médecin, des femmes en diamants autant que des hommes à cigares.

De gauche à droite : © Trax, « Millicent Fawcett » (1847-1929) et « Simone de Beauvoir » (1908-1986)

Il n’y a rien qui m’horripile plus que les gens qui affirment que si les femmes étaient au pouvoir, il y aurait plus de paix dans le monde ! En matière de cruauté dans l’exercice du pouvoir, on a quand même fait nos preuves depuis longtemps ! Et il vaut mieux, pour faire avancer la cause du féminisme, de l’égalité hommes-femmes et du refus des stéréotypes, l’assumer que le nier.

© Trax

© Trax

Le Crayon - Ton regard sur la place de la femme dans la pub? 

Trax - Je me réjouis qu’il y ait de plus en plus de beaux hommes dénudés dans la pub. Enfin l’égalité !

Bien entendu, je plaisante puisque je suis contre la publicité qui fait de tout et en particulier du corps féminin, et maintenant masculin, une marchandise. Et qui n’a qu’un but : nous faire consommer toujours plus de biens inutiles et souvent nocifs, alors que la planète est déjà épuisée.

Ce qui est terrible dans cette diffusion de plus en plus invasive et agressive d’une certaine image de la beauté, c’est son efficacité et, entre autres dégâts, les frustrations qu’elle engendre. Frustrations des femmes et hommes qui ne seront ou dont les partenaires ne leur paraîtront jamais aussi beaux, puisque ces images sont fausses (corrigées par des logiciels très performants). Frustration des solitaires qui n’ont plus de vie sexuelle depuis des lustres et circulent au milieu des hommes et femmes dévêtues (ici, voyez, j’accorde selon l’excellente règle de proximité pratiquée jusqu’au XIXe siècle). 

 

 

De gauche à droite : © Trax, « Ceci n’est pas une pub ? », « La femme, le pub et les panneaux numériques avec caméra intégrée ».

La publicité a une responsabilité très lourde (qui commence à être bien analysée notamment en ce qui concerne les enfants, l’obésité, l’anorexie, les troubles comportementaux …), dans les suicides, le harcèlement et les viols.

© Trax, Femmes et Publicité

Le Crayon - Certains de tes dessins comme celui où l'on voit les deux femmes très sexy marchant côte à côte portent sur la question du regard des hommes. Que veux-tu dire par là

Trax - Cela nous ramène à ce que je disais plus haut. La femme doit prendre conscience qu’elle a la même sexualité que l’homme, c’est-à-dire qu’elle a le même appétit sexuel. Que certaines sont capables de viol (c’est arrivé à un mien ami mais, je le dis tout de suite pour les mauvaises langues, ce n’était pas moi) et d’autres d’abstinence. Quand elles auront pleinement assumé leur sexualité, elles reconnaîtront qu’une mini-jupe est un message sexuel passablement violent. Si je voyais dans la rue un homme, beau à mes yeux, en mini-short et mini-marcel, ma première pensée ne serait pas « a-t-il lu Kant ? » mais « ouaaah ! quelles belles cuisses ! je coucherais bien avec lui ! quel sex-appeal ! » c’est-à-dire, littéralement, « quel appel sexuel il envoie ! ».

Et puisque son premier message, le plus évident, le plus fort, est sexuel, il ne serait pas légitime qu’il s’offusque de recevoir une réponse sexuelle, que ce soit un clin d’œil, un sifflement, ou une plaisanterie plus explicite.

De gauche à droite : © Trax, « Complètement dingue ! », « C’est dingue, les mecs ne pensent qu’au sexe. »

Quand vous voyez une belle salade, vous ne pensez pas d’abord à faire une réflexion sur le saladier en faisant semblant de ne pas voir la salade. C’est pourtant ce que font les femmes « peu vêtues » qui nient envoyer un message sexuel. Elles nient que les femmes puissent avoir un regard sexuel sur elles-mêmes et sur les autres : c’est antiféministe au possible. En répondant sexuellement à un message sexuel, je ne me demande pas si je suis une femme ou un homme, je suis telle que la Nature nous a faits hommes et femmes. Ce n’est pas mon style de faire la cour en sifflant les hommes ou les femmes dans la rue mais il y a plus de féminisme à encourager les femmes dont c’est le style à oser le faire qu’à essayer de faire verbaliser les hommes qui le font.

Parmi les choses qui m’horripilent, il y a certaines journalistes, peinturlurées comme des pubs pour la première ( ?) fortune de France. Des caricatures de stéréotypes.

S’attaquer à la publicité et à ses stéréotypes destructeurs, assumer, vivre sa sexualité et prendre conscience de ses messages sexuels me paraissent des combats bien plus efficaces.

Le Crayon - Ton opinion sur la question du voile?

© Trax, « Femmes Iraniennes contre le voile ».

© Trax, « Interdiction faite aux femmes iraniennes de chanter »

Trax - Je ne parlerai que de ce que je vois en France. Au Festival international de dessin de presse de l’Estaque, a eu lieu un débat sur la liberté d’expression juste après le premier attentat contre Charlie (qui n’avait pas fait de morts) provoqué par une caricature de Mahomet. Une femme d’environ 60 ans, très simple, portant un foulard et une djellabah, a été la première à prendre la parole et elle a dit : « Je suis musulmane, croyante, et en tant que musulmane, j’ai été blessée ; mais je suis Française, en France depuis très longtemps, et en tant que Française, je dis qu’ils ont le droit de faire ces caricatures ». Tout était dit. Si la tolérance de cette femme très simple, une femme « du peuple » selon l’expression consacrée, et du peuple des « quartiers nord » selon l’expression trop schématique, était celle de tous, nous serions au paradis laïc.

Je ne suis opposée qu’à l’oppression : si le voile est porté à cause d’une oppression, j’y suis opposée. Mais, athée, je respecte plus celles qui, avec une vraie foi – celle qui, dans presque toutes les religions, appelle à aimer et secourir son prochain – portent le voile parce qu’elles veulent se rapprocher de Dieu que celles qui consomment toujours plus parce qu’elles n’ont pas d’autre dieu que l’argent.

Par ailleurs il n’y a rien de mieux qu’une interdiction pour provoquer une transgression (je ne vais pas reprendre les poncifs : besoin d’identité, de reconnaissance, acculturation, etc.). Dans le cas d’un choix provocateur, protestataire, sans réel lien avec un idéal, je crois que, sans les lois répressives, ni les politiciens calculateurs, ni les media avides des gains tirés du sensationnalisme, les voiles se seraient déjà presque tous envolés.

N’est-il pas abominable que des policiers fassent se dévêtir une femme sur la plage ? Qu’une lycéenne soit mise en demeure de raccourcir ses jupes ? Et si même on ne trouve pas ça abominable mais légitime, peut-on penser que ce soit la bonne méthode pour convaincre de la grandeur de la laïcité ?

© Trax, « Burkini »

J’ai la nostalgie de ces tableaux de Paris ou de Venise où se côtoyaient tous les citoyens du monde en arborant les costumes et les coutumes les plus diverses. Aujourd’hui, une fois encore grâce à la publicité, bras armé du capitalisme ravageur, de Shangaï à Vladivostok, de Valparaiso à Venise, toutes et tous s’habillent en jeans et T-shirts et les mêmes marques occupent l’espace public. Quelle intolérance et quel appauvrissement aujourd’hui ! Ubi solitudinem faciunt pacem appellant (Où ils font le désert, ils appellent cela la paix) Tacite, Vie d’Agricola.

Le Crayon - Quel est ton opinion sur le manifeste qui a circulé à l'initiative de femmes comme Catherine Deneuve, Joelle Losfeld...

Trax - J’ai envoyé mes félicitations aux auteures.

D’abord parce que Balancetonporc est un appel à la délation et aux règlements de comptes unilatéraux sur la place publique, insupportable,(outre que ce n’est pas respectueux des porcs). Les droits de la défense sont piétinés, les fausses informations voyagent sur tapis rouge. C’est le même problème que le voile : je ne dis pas qu’il n’y a pas dans ces délatrices d’authentiques victimes mais est-ce la bonne méthode pour faire avancer les choses ?

De gauche à droite : © Trax, « Ok pour un long métrage. », « Balance ton porc. »

Ensuite  parce que les femmes se présentent et se représentent encore une fois uniquement comme victimes. Alors que le manifeste dont tu parles appelle les femmes à rester droites, à se reconnaître une sexualité fière d’elle, épanouie, une responsabilité active, revendiquée, délibérée et joyeuse dans la séduction et les rapports entre les sexes.

Les cas Weinstein et Darmalin sont exemplaires ; contre le producteur, les accusatrices attendent qu’il soit en grande perte de vitesse et de pouvoir à Hollywood pour se plaindre. Ce qui n’est déjà pas très net. Et certaines pour se plaindre de quoi ? D’avoir accepté de « coucher » !! ou d’avoir été forcées de coucher alors qu’elles avaient accepté d’aller dans la chambre d’hôtel du producteur… Franchement, elles s’attendaient à une lecture de Proust ? Elles font un choix de carrière, elles l’assument. Si le système hollywoodien les écoeure, qu’elles ne fassent pas des pieds, des mains et du reste pour y entrer. C’est entretenir le système que d’y céder.  

Dans le cas de Darmalin, la première accusatrice a raconté dans deux pages du Monde qu’elle a accepté de prendre un verre, puis un repas, puis de le suivre à l’hôtel, puis dans sa chambre, puis qu’elle a pris une douche en envoyant Darmalin chercher du savon, puis que, sous la douche, elle a fait son choix … et « couché ».

De gauche à droite : © Trax, Denis B(e)aupin en pleine confusion des genres », « Aujourd’hui lasagne maison »

Il me semble qu’elle a fait un choix réfléchi pour « arriver ». Je trouve son choix tout à fait légitime mais il me semble qu’il en va de sa dignité de femme de l’assumer. Si elle trouve indigne de coucher pour arriver, elle ne couche pas et c’est la seule façon de protéger les autres femmes et de mettre fin au système. (Et de prouver qu’en aucun cas, elle n’aurait pu avoir le poste autrement. Car, évidemment, pour les machos en particulier, le doute subsistera sur ses compétences professionnelles).

J’ai donc approuvé le manifeste, à mon avis digne et sensé, paru dans Le Monde. Ceci dit, il se peut que les prises de position publiques lors des Oscars, à Hollywood, aient un effet positif. Tant mieux.

Le Crayon - Quelle est la part de personnel et d'autobiographique dans tes dessins?

Trax - Comme tout un chacun, j’écris, je parle, je danse, je ris en traduisant tout ce que j’ai vécu. Je peux prétendre choisir de ne faire passer qu’une partie de mon histoire dans mon dessin mais, en réalité, je ne suis pas sûre de choisir. Je dirais plutôt que je découvre les tendances de ma personnalité les plus marquées au fur et à mesure que je dessine. Je me suis par exemple découverte très sombre alors que je ris beaucoup et que j’aime la vie.

Ma vision des rapports hommes-femmes est profondément marquée, depuis ma naissance, par le fait que ma mère m’a répété cent fois comme une bonne blague qu’à ma naissance, (j’étais sa deuxième fille, elle rêvait d’un fils unique), elle a dit au chirurgien « la prochaine fois, si c’est encore une fille, ne me réveillez pas. » J’ai donc été un garçon manqué toute mon enfance pour être acceptée. Puis j’ai choisi le métier de mon père, avocat, et j’ai dessiné toute petite parce qu’il dessinait. Finalement, cela m’a donné une place et un point de vue, entre deux genres, très agréables.

Ce qui est le plus frappant est certainement ce raisonnement logique qui vient de l’étude du droit et cet esprit de contradiction qui vient du métier d’avocat. Je possède une tournure d’esprit indécrottable, que j’aime, mais qui est le contraire de l’imagination poétique débridée. La question qui me taraude et à laquelle je ne répondrai jamais est : est-ce que l’acquisition de la première a tué la seconde ou est-ce que je n’ai jamais eu la seconde ? Si quelqu’un a la réponse, qu’il m’appelle !

Entretien réalisé par Alexandre FAURE

Christine Traxeler en quelques dates :

- 1962 entrée au Lycée Lamartine: découverte de l'Humanisme grâce aux professeurs agrégés qui lui enseignent Français, Latin et Grec jusqu'en Terminale

- 1975 Devient avocate. Au cours de ses études de droit, elle fait la découverte de René Dumont, son tout premier vote.

- 1978 Part en Inde et au Népal par la route. Le voyage dure six mois.

- 1984 Naissance de son fils, Cyril, "le meilleur des fils".

- 2011-2012 Rencontre de Frémion puis de Nol à la B.N.F. : Le premier lui ouvre à Barricades et le second au Festival de Jonzac, un chemin dit-elle "parsemé de roses, de joyeux drilles et de belles aventures."

Christine Traxeler alias Trax  fait partie du Comité international de caricaturistes qui se sont ralliées à notre projet d'exposition itinérante : «  Au bout du crayon, les droits des femmes : caricatures, dessins de presse et liberté d’expression » que Le Crayon organise pour 2018 en partenariat avec France-Cartoons et le Festival du Dessin de Presse et de la Caricature de l'Estaque (FIDEP).

Nous avions déjà recueillis ses  propos dans le cadre de notre rubrique Libres paroles à l’occasion de sa venue à Ramatuelle pour la soirée ciné débat que nous avions organisée le 7 janvier 2017 autour du film « L'Humour à mort » réalisé par Daniel et Emmanuel Leconte.

De gauche à droite : © Trax, « La France lanterne rouge de l’Europe », « C’est le jour (du point) G, Martin »

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