LIBRES PAROLES : SAAD HAJO, DESSINATEUR SYRIEN EN EXIL

Publié par Alexandre FAURE

Lundi 10 octobre 2016 | Libres Paroles

© Photo Nils Schoubye © Photo Nils Schoubye

Exercer aujourd’hui, le métier de dessinateur de presse en Syrie c’est mettre sa vie en danger. On n’a pas oublié Ali Farzat, gravement tabassé dès les premiers jours de la révolution syrienne pour s’être moqué de Bachar Al-Assad. Ou encore le décès de Akram Ruslan emprisonné et torturé à mort pour les mêmes raisons. À Marseille à l’occasion du 5ème Festival International du Dessin de Presse, de la Caricature et de la Satire, le Crayon a rencontré Assad Hajo. Kurde, né à Damas en 1968, opposant au pouvoir du dictateur Bachar Al-Assad, il vit aujourd’hui en Suède où il a trouvé refuge. Auteur de plusieurs livres dont « Les pays de violence sont ma terre natale », il témoigne ici de son impossibilité d’exercer son métier dans le pays qui l'a vu naitre.

Le Crayon - Saad Hajo, pouvez vous nous parler des raisons qui vous ont conduit à l’exil en 1993?

Saad Hajo - J’avais fait des études aux Beaux-Arts, mais ne pouvant pas publier mes caricatures, j’ai décidé de quitter la Syrie pour m’installer à Beyrouth au Liban.  Là mes dessins ont été accueillis dans des journaux comme As Safir (L’Ambassadeur), ou An Nahar (Le Jour). En 2005, je suis parti pour la Suède, où je me suis installé à Norrköping, une petite ville au sud de Stockholm. Depuis je publie mes dessins en Suède, un dessin hebdomadaire, et au Moyen-Orient.

© Photos Nils Schoubye

Le Crayon - Quels sont aujourd’hui vos liens avec la Syrie ?

Saad Hajo - Depuis 5 ans, dès les débuts de la révolution en Syrie, je dis bien révolution et non guerre civile, je dessine chaque jour une caricature de Bachar Al-Assad. Une par jour. Mes dessins ont toujours un lien entre la Syrie ou le Moyen-Orient. Si on prend par exemple mes dessins publiés quotidiennement pendant 20 ans dans As Safir, la Syrie a toujours été un sujet important pour les lecteurs libanais.

Le Crayon - Vous avez de la famille encore aujourd’hui en Syrie ?

Saad Hajo - Malheureusement non. Toute ma famille est maintenant hors de Syrie. Ma mère en Jordanie, une sœur en Jordanie, deux autres sœurs à Istanbul, mes deux frères en Suède depuis longtemps. Damas a beau être la plus vieille capitale du monde, je n’ai plus de famille là bas.

Le Crayon - L’exil a-t-il modifié votre façon de dessiner ?

Saad Hajo - Non ! Je travaille toujours sur la question de l’Humanité et où que j’habite, je n’ai pas le sentiment que cela change ma façon de travailler. Quand j’arrive quelque part, je regarde quels sont les sujets censurés et généralement ce sont sur ces sujets que je travaille. En Suède on peut dire qu’il n’y a pas beaucoup de tabous, on peut parler à peu près de tout. Le seul tabou porte sur la question de l’impôt ! (rires)

Le Crayon - Faites-vous partie de United Sketches ?

Saad Hajo - J’ai promis à mon ami Kianoush Ramezani de devenir un membre actif de United Sketches, mais cette fois c’est sûr ! (rires) : Je participerai l’année prochaine à un festival de dessin organisé par l’association à Berlin en Allemagne.

Le Crayon - Une caricature peut-elle changer notre regard sur le monde ?

Saad Hajo - Oui, prenez les symboles. Un symbole est le résultat d’une pensée qui le précède. Pourtant on doit adapter certains symboles. On a l’habitude par exemple de représenter le riche gros et le pauvre maigre. Pourtant aujourd’hui être maigre est un luxe. Le riche fait du sport, le pauvre mange Mac Donald… Aussi notre rôle en tant que dessinateur est de faire évoluer les symboles. Les symboles politiques doivent évoluer aussi.

Le Crayon - Êtes vous optimiste pour l’avenir ?

Saad Hajo - Oui ! (rires)

Le Crayon - Avez-vous l’espoir de pouvoir retourner en Syrie ?

Saad Hajo - Oui, Aujourd’hui, la Syrie est au cœur des intérêts géopolitiques mondiaux. Elle vit une période noire… Mais pour moi la Syrie est le lieu, le pays  de la naissance. Pas seulement la mienne, mais celle de toutes les cultures.

Entretien réalisé par Alexandre FAURE avec l’aide de l’interprète Mathilde Chèvre pour la traduction des propos de Saad HAJO en français.

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