Les figures de la liberté d’expression : Victor Hugo - Épisode 1 Enseignement et laïcité

Publié par Heliane BERNARD

Vendredi 16 octobre 2020 | Histoire

Victor Hugo à l'Assemblée Nationale en 1848 Victor Hugo à l'Assemblée Nationale en 1848

"Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé !"

Victor HUGO

Enseignement, laïcité et liberté de la presse sont des combats qui ont mobilisé tout au long de sa vie ce défenseur acharné de la liberté de pensée et de l’esprit critique. Il a lui-même été l'un des personnages les plus caricaturés de son temps sans que jamais il ne proteste.

Victor Hugo, il est sur tous les fronts

Victor Hugo (1802-1885) c’est le poète incontestable, le dramaturge puissant, le peintre et dessinateur de talent, l’homme politique de conviction et de passion qui, lui, reste toujours à découvrir. Tout, absolument tout, et même la politique, est source de création. L’Histoire a conduit sa poésie épique et ses grands discours. Il connait la force du verbe, la magie des rythmes. 

De gauche à droite : Michel Deleporte (1806-1872), Galerie des fous contemporains : Hugoth, La Charge, journal satirique, 27 janvier 1833. Benjamin Roubaud (1811-1847), Mr V.H., la plus forte tête romantique, Le Charivari, 12 octobre 1836.

Enseignement et laïcité : Victor Hugo, vent debout contre la Loi Falloux

Un peu d’histoire

Nous sommes en 1850. Deux ans auparavant, en décembre 1848, la Seconde République a été proclamée à la suite des émeutes ouvrières qui ont secoué Paris en Juin de cette année-là. Le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, élu pour quatre ans, a mis en place un gouvernement du parti de l’Ordre. Il inaugure une politique conservatrice, marquée en particulier par la loi Falloux qui impose l’Eglise dans le domaine de l’Education. Cette loi sur l’enseignement est présentée à l’Assemblée pour discussion le 14 janvier 1850.  Partisans de l’ordre et catholiques se liguent pour arracher ce vote à l’Assemblée.

Qui est Alfred de Falloux (1811-1886) ?

Alfred de Faloux, vers 1850

Honoré Daumier(1808-1879), caricature d’Alfred Frédéric Pierre, Vicomte de Falloux du Coudray (1811-1886), terre cuite, vers 1832, Musée Carnavalet, Paris.

Alfred de Faloux a d’abord été journaliste puis député de Maine et Loire et député à l’Assemblée Nationale en 1848 (février), chargé du ministère de l’Instruction publique et des Cultes.

C’est un légitimiste, rangé aux côtés d’un partisan de l’ordre, Adolphe Thiers (1797-1877). Ce dernier qui se méfie des instituteurs laïcs formés par les écoles normales et suspects d’idées libérales et socialistes, veut déléguer l’enseignement primaire à l’Eglise.

À la tribune, Falloux défend sa loi.

La salle, houleuse, vocifère ou applaudit. 

De gauche à droite : Honoré Daumier(1808-1879), caricature d’Alfred Frédéric Pierre, Vicomte de Falloux du Coudray (1811-1886), 1849 Charles Vernier (1813-1892) - Ce sont les instituteurs qui reçoivent la férule. Caricature de la « petite loi sur l'instruction » dépeignant Alfred de Falloux et Charles de Montalembert vêtus en ecclésiastiques et s'apprêtant à bâtonner un instituteur à l'aide d'une férule, 1850.

La loi Falloux résumée

Les trois protagonistes de la loi sur la liberté d’enseignement, Montalembert éteignoir n° 1, Thiers n° 2 et Molé n° 3, barbotent dans un bénitier. Publiée dans Le Charivari du 4 février 1850, la caricature est anonyme. Daumier semble l’auteur de ce dessin incisif et très enlevé.

Dans les faits, cette loi autorise l’enseignement catholique dans le primaire et le secondaire. Elle suspend le monopole de l’Université sur les écoles, permet au Pape d’intervenir sur les programmes. Les évêques sont membres de droit des conseils d’académie. L’école est soumise à la surveillance du maire et du curé. Un rapport négatif du prêtre suffit à entraîner la mutation ou la révocation d’un instituteur. Le contrôle de l’Etat est réduit au minimum. Les évêques veillent à l’application immédiate de la loi, mettant en avant la liberté de l’Église dans l’éducation. Les écoles libres se multiplient. Les jésuites, jusqu’alors interdits, peuvent à nouveau enseigner.

Les écoles, qu’elles soient publiques ou libres, doivent obligatoirement donner un enseignement moral et religieux, payant, sauf pour les familles pauvres. Les municipalités peuvent décider d’avoir un prêtre comme instituteur ou le curé du village dans les écoles primaires publiques. Religieuses et religieux n’ont besoin que d’une lettre d’obédience pour enseigner dans le primaire. Cette exemption est étendue aux prêtres qui enseignent dans le secondaire alors qu’un diplôme universitaire est exigé pour les enseignants laïcs. Il suffit du baccalauréat ou d’un stage pour ouvrir une école secondaire. (Voir les différents articles de la loi Falloux en fin d’article.)

Les intervenants sont nombreux, mais on va surtout entendre le célèbre discours de Victor Hugo, député de Paris. Il intervient avec passion dans la discussion du projet de la Loi sur l’enseignement le 15 janvier 1850 auquel il s’oppose violemment.

 

15 JANVIER 1850 : DISCOURS de victor hugo CONTRE LA LOI FALLOUX À LA TRIBUNE DE L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE (EXTRAITS)

À gauche : Theo Edo, dit Quillenbois (1821- avant 1896), Victor Hugo Condamné aux applaudissements forcés, Le Caricaturiste, Revue drôlatique du dimanche, 28 octobre 1849, 1ere année, n°22

Messieurs,

Quand une discussion est ouverte qui touche à ce qu'il y a de plus sérieux dans les destinées du pays, il faut aller tout de suite, et sans hésiter, au fond de la question. (Mouvement d'attention.)

Je commence par dire ce que je voudrais, je dirai tout à l'heure ce que je ne veux pas.

(…)

Messieurs, toute question a son idéal. Pour moi, l'idéal de cette question de l'enseignement, le voici : l'instruction gratuite et obligatoire. (Très bien ! très bien!)

Obligatoire au premier degré, gratuite à tous les degrés. (Applaudissements à gauche.) L'instruction primaire obligatoire, c'est le droit de l'enfant (mouvement) qui, ne vous trompez pas, est plus sacré encore que le droit du père et qui se confond avec le droit de l'État.

Je reprends… Voici donc, selon moi, l'idéal de la question : L'instruction gratuite et obligatoire dans la mesure que je viens de marquer. Un immense enseignement public donné et réglé par l'État, partant de l'école de village et montant de degré en degré jusqu'au Collège de France, plus haut encore, jusqu'à l'Institut de France. Les portes de la science toutes grandes ouvertes à toutes les intelligences ; partout où il y a un champ, partout où il y a un esprit, qu'il y ait un livre. Pas une commune sans une école, pas une ville sans un collège, pas un chef-lieu sans une faculté. (Bravos prolongés.) Un vaste ensemble, ou, pour mieux dire, un vaste réseau d'ateliers intellectuels, lycées, gymnases, collèges, chaires, bibliothèques, mêlant leur rayonnement sur la surface du pays, éveillant partout les aptitudes et échauffant partout les vocations ; en un mot, l'échelle de la connaissance humaine dressée fermement par la main de l'État, posée dans l'ombre des masses les plus profondes et les plus obscures, et aboutissant à la lumière. Aucune solution de continuité : le cœur du peuple mis en communication avec le cerveau de la France. (Immenses applaudissements.)

Voilà comme je comprendrais l'éducation publique nationale. Messieurs, à côté de cette magnifique instruction gratuite, sollicitant les esprits de tout ordre, offerte par l'État, donnant à tous, pour rien, les meilleurs maîtres et les meilleures méthodes, modèle de science, et de discipline, normale, française, chrétienne, libérale, qui élèverait, sans nul doute, le génie national à sa plus haute somme d'intensité, je placerais sans hésiter la liberté d'enseignement, la liberté d'enseignement pour les instituteurs privés, la liberté d'enseignement pour les corporations religieuses ; la liberté d'enseignement pleine, entière, absolue, soumise aux lois générales comme toutes les autres libertés, et je n'aurais pas besoin de lui donner le pouvoir inquiet de l'État pour surveillant, parce que je lui donnerais l'enseignement gratuit de l'État pour contrepoids. (Bravo ! bravo !).

(…)

Je veux, je le déclare, la liberté de l'enseignement ; mais je veux la surveillance de l'État, et comme je veux cette surveillance effective, je veux l'État laïque, purement laïque, exclusivement laïque… en matière d'enseignement, l'État n'est pas et, ne peut pas être autre chose que laïque.

Je veux, dis-je, la liberté de l'enseignement sous la surveillance de l'État, et je n'admets, pour personnifier l'État dans cette surveillance si délicate et si difficile, …que des hommes …n'ayant aucun intérêt, soit de conscience, soit de politique, distinct de l'unité nationale. (Très-bien ! à gauche.) C'est vous dire que je n'introduis, soit dans le conseil supérieur de surveillance, ni évêques, ni délégués d’évêques. J’entends maintenir, quant à moi, et au besoin faire plus profonde que jamais, cette antique et salutaire séparation de l’Église et de l’État, qui était la sagesse de nos pères, et cela dans l’intérêt de l’Église comme dans l’intérêt de l’État. (Applaudissements.)

À gauche : Benjamin Roubaud, “Panthéon charivarique”, Le Charivari, 10 décembre 1841 à droite : Victor Hugo, député de l'Assemblée nationale, 1849 - Lithographie d’Émile Desmaisons d'après une peinture de Jean-Baptiste Adolphe Lafosse.

JE VIENS DE vous dire ce que je voudrais ; maintenant, voici ce que je ne veux pas :

Je ne veux pas de la loi qu'on vous apporte.

Pourquoi ?

Messieurs, cette loi est une arme.

Une arme n'est rien par elle-même ; elle n'existe que par la main qui la saisit.

Or quelle est la main qui se saisira de cette loi ?

Là est toute la question. (Mouvement.)

Messieurs, c'est la main du parti clérical. (C'est vrai !)

Messieurs, je redoute cette main ; je veux briser l'arme, je repousse le projet. (Très-bien ! très-bien !)

De gauche à droite : Théo Edo , dit Quillenbois (1821- avant 1896), Victor Hugo ou « Les bulles de savon » (Congrès de la paix 1849). Honoré Daumier (1808-1879), Souvenirs du Congrès de la paix, Le Charivari, 6-10 septembre 1849 Le congrès international de la paix s’ouvre à Paris le 21 août. Victor Hugo en est le président et prononce le discours d’ouverture. C’est dans ce discours qu’apparaît pour la première fois la formule des « États-Unis d’Europe ».

(…)

Je ne veux pas mêler le prêtre au professeur. Ou si je consens à ce mélange, moi législateur, je le surveille, j'ouvre sur les séminaires et sur les congrégations enseignantes l'œil de l'État, et, j'insiste, de l'État laïque, jaloux uniquement de sa grandeur et de son unité.

(…)

Je veux l'enseignement de l'Église en dedans de l'Église et non dehors.

(…)

En un mot, je veux, je le répète, ce que voulaient nos pères, l'Église chez elle et l'État chez lui. (Très bien !)

(…)

Victor Hugo croqué par Prosper Mérimée pendant une séance de l’Académie Française, dessin à l'encre brune, vers 1845-1851.

Le Maître d’école dans sa salle de classe, gravure. Vers 1850.

Messieurs, comme je vous l'indiquais tout à l'heure, ce projet est quelque chose de plus, de pire, si vous voulez, qu'une loi politique, c'est une loi stratégique. (Chuchotements.)

Je m'adresse, non certes, au vénérable évêque de Langres, non à quelque personne que ce soit dans cette enceinte, mais au parti qui a, sinon rédigé du moins inspiré le projet de loi, à ce parti à la fois éteint et ardent, au parti clérical. Je ne sais pas s'il est dans le gouvernement, je ne sais pas s'il est dans l'Assemblée (mouvement) ; mais je le sens un lieu partout. (Nouveau mouvement.) Il a l'oreille fine, il m'entendra. (On rit.) Je m'adresse donc au parti clérical, et je lui dis : Cette loi est votre loi. Tenez, franchement, je me défie de vous. Instruire, c'est construire. (Sensation.) Je me défie de ce que vous construisez. (Très-bien ! très-bien !)

Je ne veux pas vous confier l'enseignement de la jeunesse, l'âme des enfants, le développement des intelligences neuves qui s'ouvrent à la vie, (les générations nouvelles, c'est-à-dire l'avenir de la France. Je ne veux pas vous confier l'avenir de la France, parce que vous le confier, ce serait vous le livrer. (Mouvement.)

(…)

Je ne veux pas que ce qui a été fait par nos pères soit défait par vous ! (Très-bien !) Après cette gloire, je ne veux pas de cette honte. (Mouvement prolongé.)

Votre loi est une loi qui a un masque. (Bravo!)

Elle dit une chose et elle en ferait une autre. C'est une pensée d'asservissement qui prend les allures de la liberté. C'est une confiscation intitulée donation. Je n'en veux pas. (Applaudissements à gauche.)

C'est votre habitude. Quand vous forgez une chaîne, vous dites : Voici une liberté ! quand vous faites une proscription, vous criez : Voilà une amnistie ! (Nouveaux applaudissements.)

(…)

De gauche à droite : Théo Edo , dit Quillenbois (1821- avant 1896), Victor Hugo, « Une forte tête de la Montagne », La Mode, 17 août 1950. Honoré Daumier (1808-1879), Victor Hugo ou « Les représentants représentés à l’Assemblée Législative », lithographie, Le Charivari, 10 juillet 1849.

Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C'est un vieux parti qui a des états de services. (On rit.)  C'est lui qui monte la garde à la porte de l'orthodoxie. C'est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, l'ignorance et l'erreur. C'est lui qui fait défense à la science et au génie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. (Sensation.) Il s'est opposé à tout. (On rit.)

C'est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas. C'est lui qui a appliqué Campanella sept fois à la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création. C'est lui qui a persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée ; de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. (Sensation.) Découvrir la loi du ciel, c'était une impiété ; trouver un monde, c'était une hérésie. (Très-bien ! très-bien !) C'est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion (Très-bien ! très-bien !)

(…)

Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l'esprit humain ! (Acclamations à gauche.)

Et vous voulez être les maîtres de l'enseignement ! Et il n'y a pas un poète, pas un écrivain, pas un philosophe, pas un penseur que vous acceptiez ! Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé par les génies, le trésor de la civilisation, l'héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez !

(…)

Je repousse votre loi. Je la repousse parce qu'elle confisque l'enseignement primaire, parce qu'elle dégrade l'enseignement secondaire, parce qu'elle abaisse le niveau de la science, parce qu'elle diminue mon pays.

(…)

Mais vous êtes donc dans votre siècle comme des étrangers ! (Profonde sensation.)

Quoi ! c'est dans ce siècle, dans ce grand siècle des nouveautés, des événements, des découvertes, des conquêtes, que vous rêvez l'immobilité ! (Très-bien !) C'est dans le siècle de l'espérance que vous proclamez le désespoir ! (Bravo !) Quoi ! vous jetez à terre, comme des hommes de peine fatigués, la gloire, la pensée, l'intelligence, le progrès, l'avenir, et vous dites : c'est assez ! n'allons pas plus loin ; arrêtons-nous ! (Dénégations à droite.) Mais vous ne voyez donc pas que tout va, vient, se meut, s'accroît, se transforme et se renouvelle autour de vous, au-dessus de vous, au-dessous de vous ! (Mouvement.)

Ah ! vous voulez vous arrêter et nous arrêter ! Eh bien ! je vous le répète avec une profonde douleur, moi qui hais les catastrophes et les écroulements, je vous avertis la mort dans l'âme (on rit à droite), vous ne voulez pas du progrès ? vous aurez les révolutions ! (Profonde agitation.) Aux hommes assez insensés pour dire : l'humanité ne marchera pas, Dieu répond par la terre qui tremble ! (Longs applaudissements à gauche.)

L'orateur, descendant de la tribune, est entouré par une foule de membres qui le félicitent. L'Assemblée se sépare en proie à une vive émotion.

Pour une lecture complète du discours

Gravure extraite de « Victor Hugo. Années d’enfance », Gustave Simon, Hachette, Paris, 1904

La loi Falloux adoptée

Malgré tout, la loi sera adoptée en troisième lecture par l’assemblée le 15 mars 1850, par 399 voix contre 237. Les tenants du parti de l’ordre et du parti clérical avait gagné. Alfred de Falloux a résumé plus tard son programme : « Dieu dans l’éducation, le pape à la tête de l’Église, l’Église à la tête des civilisations. »

L’éducation est devenue un sujet brûlant pour les partisans ou pour les adversaires de la mainmise de l’Eglise. La loi Falloux a généré un violent anticléricalisme dans les lycées et chez les laïcs en général.

De Gauche à droite : Gaspard-Félix Tournachon dit Nadar (1820-1910), Le Journal Pour rire, n°104, 26 janvier 1850. Dans une classe d'école, Victor Hugo est fouetté par le comte Charles de Montalembert portant l’habit des frères des écoles chrétiennes. M. de Montalembert, journaliste et homme politique, porte-parole du catholicisme libéral était un des auteurs de la loi Falloux du 2 mars 1850. Théo-Edo dit Quillenbois, (1821-1896) « Un changement de front » ou « Un grand poète d’état, poursuivi par la peur des jésuites et de l’Inquisition, se sauve sur la Montagne. », Le Caricaturiste : Revue drolatique du dimanche, 27 janvier 1850, 2e année, n°35 Hugo, très grosse tête, emblèmes maçonniques au front, bras croisés, air décidé, gravit une pente escarpée au sommet de laquelle on peut voir un bonnet phrygien.

La IIIème République (septembre 1870 – Juillet 1940) et la loi Falloux

La question de la liberté d’enseigner, celle de la laïcité, remonte à loin. Elle a suscité nombre de débats, d’affrontements violents. Pour faire court, la III ème République (1870-1940) a fait voter une série de lois qui ont abrogé ou réformé une bonne partie de la loi Falloux en instituant la gratuité, la laïcité et l’école obligatoire de 7 à 13 ans, (lois Jules Ferry du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882) et la suppression de l'enseignement religieux. Des disciplines obligatoires (dont la gymnastique, et le dessin) ont été ajoutées aux programmes.

UN LONG CHEMIN VERS L’ENSEIGNEMENT DE LA LIBERTÉ :

À la fin du XIX° siècle, nombreux sont ceux qui dans le sillage des Lumières et de Victor Hugo et malgré les oppositions de l’Église catholique et du Pape, ont poursuivi le combat pour obtenir la séparation des pouvoirs. Les débats furent violents, la république n’était pas encore bien assise. Ils aboutirent à la loi du 9 décembre 1905 qui instaura la séparation des Églises et de l’État. De cette séparation découla la neutralité de l’État qui assure dès lors l’égalité des citoyens face au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances. La laïcité devient en France l’un des principes fondamentaux de la République et les lois de la République prévalent sur les préceptes religieux.

 

De gauche à droite et de haut en bas : Le Grelot, « Rosa Josepha », n°1054, 21 juin 1891. Rostro, « Cordon s’il vous plait », De gauche a droite : le général Andre, ?, Camille Pelletan, Jules Guesde , Pierre Waldeck-Rousseau, Pierre Delcasse, Emile Combes, Emile Loubet. 1903. Roubille « L'enseignement de la liberté » caricature parue le 26 mars 1904 dans l'hebdomadaire humoristique Le Rire (n°60). Caricature invitant l’Église à sortir de l’école, s.d. Charles-Lucien Léandre (1862-1934), Le Rire, 20 mai 1905.

La séparation de l’Eglise et de l’Etat, entérinée par la loi de 1905, ont amorcé un changement dans les mentalités. Mais si cette loi sur la laïcité est passée, c’est au forceps, et elle est toujours menacée dans ses fondements même. Il faudra attendre l’année 2000 pour que la loi Falloux soit totalement abrogée - à l’exception de certains articles qui demeurent encore dans le code de l’éducation et concernent les modalités de l’enseignement privé.

La loi de 1905 est toujours à protéger, à expliquer. Pourtant, il n’y a pas de laïcité assortie d’épithètes. Il n’y a que la laïcité définie par la loi de 1905.

Heliane BERNARD – illustrations choisies par Alexandre FAURE

De haut en bas : Victor Hugo en 1820. Victor Hugo vers 1884 par Gaspard-Félix Tournachon dit Nadar (1820-1910.

Autre article sur Victor Hugo : 

Les figures de la liberté d'expression : Victor Hugo - Épisode 2 La liberté de la presse.

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Quand la laïcité et le fait religieux forment un couple harmonieux., par Valérie DIREZ

Libres paroles : Marie-Thérèse Besson, interview réalisé par Alexandre FAURE

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