Les Mots : quelle histoire ! bienveillance

Publié par Heliane BERNARD

Dimanche 25 septembre 2016 | Histoire

© Philippe Geluck © Philippe Geluck

Les mots ont une histoire. Ils naissent, se transforment, évoluent, retournent leur veste, changent de sens, opèrent des glissements et surgissent là où on ne les attendait pas. Aujourd’hui, Heliane Bernard prend le risque de réfléchir sur Bienveillance.

UN MOT DEMODE ! UN MOT NECESSAIRE ! UN MOT RARE ET PRECIEUX !

La bienveillance, nom féminin, est un mot qui me touche. J’aime ce mot. On le croit faible, alors que ce qu’il dit est puissant, formé de deux mots positifs, bien et veiller.

Bienveillance, le mot date de 1175, crée à partir de bien et veuillant, ancien participe présent de vouloir, d’après le latin classique bene volens, « qui veut du bien ». Accompagnant bien, on trouve le bien aimé, le bien être, le bienfait, le bienheureux, le bien-jugé, le bienvenu…et tant d’autres!

Bien, dans le vocabulaire philosophique est un terme laudatif.

Veuillant, c’aurait pu être prendre soin, faire attention, ne pas s’endormir. Mais à l’origine, c’est vouloir. Donc la volonté est là de vouloir le bien. C’est un verbe actif, un verbe qui décide, qui affirme une détermination, qui insiste sur une intention.

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Depuis l’Antiquité le mot a fait débat

De tous les philosophes, celui qui a le plus discouru sur la bienveillance, c’est Marc-Aurèle, le philosophe empereur des romains (121-180 ap. J.-C.) qui a eu à concilier politique et philosophie. Rude tache où il s’est usé. Mais ses Pensées nous restent. Homme de grande rigueur morale, Marc-Aurèle plaide pour une bienveillance et une attention à l’autre, à ses enfants, à sa famille. Il associe aussi la bienveillance à une vie conforme à la nature. L’homme vit dans la société, il n’est pas seul : « Nous sommes nés pour collaborer, comme les pieds, les mains, les paupières, ou les deux rangées de dents, celle du haut et celle du bas. Il est contre-nature de s’opposer les uns aux autres : et c’est s’opposer à eux que de s’irriter ou se détourner d’eux. »Marc-Aurèle, Pensées, II, 1.    

Plus tard, le fondateur des Lumières irlandaises, Francis Hutchinson (1694-1746) a affirmé que la bienveillance est « une affection qui vous porte à désirer le bonheur de notre prochain ». Il en fait un comportement naturel, général, une vertu.

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« à défaut de la bienveillance, il a bien fallu inventer la politesse. » (Cécile Fée, 1832).

La vraie bienveillance n’est pas fondée sur l’émotion. Elle s’appuie sur la raison et sur l’amour. Elle est un trait de l’humanisme. Elle demande action et désir. Son contraire, c’est malveillance mais ce pourrait être méfiance.
Dans nos sociétés terriblement matérialistes, cyniques, violentes, on bafoue la bienveillance. On la parodie pour se mettre en avant, on ironise, on méprise, on ridiculise, comme si c’était de l’angélisme. C’est vrai, allez donc parler de bienveillance aux politiques, aux actionnaires et aux patrons des grandes sociétés ! Là, le ridicule vous tuera.
C’est sûr, la bienveillance est à mettre sur le plan du bien vivre, du mieux vivre. Elle a sa place à l’école, en famille, entre amis et voisins.

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Elle demande une certaine écoute. Certains y ont vu ou y voit une sorte de gentil mépris, de la condescendance envers quelqu’un ou quelques-uns que l’on juge inférieur.

Il y a un mot proche de bienveillance, c’est bénévolat qui vient directement du latin benevolus, ou bonne volonté. Un très beau mot, qui fédère de plus en plus de monde, se substituant souvent à l’Etat en dérive.

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Avec ce mot, on sort du cercle étroit de la famille, des amis, des proches ou des voisins à qui l’on veut du bien, envers qui on peut être attentif, on élargit le cercle de la bienveillance. On s’intéresse à la société, on œuvre pour les autres, avec les autres.

Un Plaidoyer pour l’altruisme

Et si les médias se mettaient à la bienveillance, comme on se met au régime, pendant quelques temps ? Alors là, tout changerait. Ils hiérarchiseraient les informations. Ils présenteraient aussi ce qui se passe de bien, de beau, de bon. Ils changeraient de ton. Ils analyseraient. Un brin d’éthique, comme un brin de sel. Un brin de bienveillance, quoi ! Le quotidien se colorerait autrement. La bienveillance deviendrait à la mode. Elle pourrait se répandre, faire tache d’huile.
On apprendrait un humanisme qu’il est urgent de pratiquer. Ici et ailleurs. Avec l’autre, celui qui pense différemment, qui a une autre religion, qui vient d’ailleurs, et qu’on pourrait regarder et accueillir avec bienveillance. Dans le quartier, au village, en ville, en France, en Europe. Utopie ? Non, simple question de raison. L’autre peut donner, nous enrichir.

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Bienveillance, voici donc une culture bien difficile à faire pousser ! Quel terreau utiliser ? La religion ? La morale ? Aucun de ces mots ne convient à nos esprits laïques et sceptiques.

Alors quoi ? Décortiquer le mot aide déjà à réfléchir. À lui rendre sa force, à l’apprivoiser, à l’exercer !

Heliane BERNARD

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Remerciements à : Geluck

 

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