Le crayon s’empare de la photo : Nick Ut

Publié par Alexandre FAURE

Mardi 02 février 2016 | Histoire

© Avoine © Avoine

Témoins ou mémoires de leur temps ? Plusieurs photos réalisées en périodes de conflit, par l’émotion et l’indignation qu’elles ont suscitées, ont fait le tour de la terre. Elles sont devenues de véritables symboles, qui ont été revisités par les dessinateurs de presse.

« Kim Phuc, brûlée au napalm » de Nick Ut.

© Nick Ut, Kim Phuc, brûlée au napalm, 8 juin 1972

© Nick Ut, Kim Phuc, brûlée au napalm, 8 juin 1972

En 1961, l’armée américaine vient au secours de l’armée sud-vietnamienne, contre la rébellion communiste soutenue par le Nord. Dans le monde entier, et même aux Etats Unis, se déroulent des manifestations anti-guerre.

Le 8 juin 1972,  en pleine guerre du Vietnam, deux avions de l’armée sud-vietnamienne, alliée des forces américaines, bombardent au napalm un village soupçonné d’avoir été conquis par le Viêt-Cong (mouvement communiste du sud) dans le sud du pays. Les champs instantanément s’embrasent des deux côtés de la route. Cette guerre n’épargne personne. De la fumée noire surgissent des silhouettes en proie à une terreur panique. Parmi les rescapés, une jeune fille de 9 ans,  Pham Thi Kim Phuc, est gravement brûlée.

Le photographe Nick Ut, (de son vrai nom Huynh Cong Ut) né dans le delta du Mékong, embauché par l’agence Associated Press, posté ce même jour sur la route 1 de Trang Bang, à moins d’une heure de Saïgon,  immortalise  avec son leïca, à jamais cette scène. Sur cette photo qui illustre la folie et l’épouvante de cette guerre… on la voit courir. Ses vêtements comme sa peau ont brûlé sous le feu du napalm. La fillette est en état de choc, est au centre. Derrière elle, la route constitue l’axe de fuite de la photo. À l’arrière plan la fumée cache l’horizon.

Le 12 juin 1972, la photo paraît dans le quotidien américain Le New York Time. En quelques jours, le cliché de Nick Ut fit la une de tous les journaux du monde, suscitant partout la révolte et la colère. Le gouvernement américain, représenté alors par le Président Nixon, alla même jusqu’à laisser entendre que ce cliché était truqué. Une manipulation des Sud-Vietnamiens. Son auteur sera néanmoins honoré des plus grandes récompenses internationales dont le prix Pulitzer en 1973. La jeune fille transférée en milieu hospitalier endura en une année, pas moins de dix-sept opérations chirurgicales. Elle vit aujourd’hui à Toronto, au Canada avec ses deux enfants.
En janvier 1973, les accords de Paris officialisaient la fin de l’intervention américaine. En avril 1975, l’armée du Nord-Vietnam entrait dans Saïgon et en 1976, le Vietminh unifiait l’ensemble du pays.

Plus de quarante ans après, son visage, et son cri assourdissant de douleur, comme le cri de Munch, ne cesse de nous hanter.

© Willem - 2001

© Willem - 2001

Le 6 juillet 1999, le gouvernement des États Unis présidé par Bill Clinton, impose des sanctions financières à l’encontre de l’état afghan.  Ces sanctions veulent contribuer à l’isolement international des Talibans et limiter leur soutien aux réseaux terroristes. Le 11 septembre 2001, quatre avions de ligne, détournés par des membres d’Al-Qaïda, visaient des bâtiments symboles du pouvoir américain. Parmi ceux-ci, les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan, au sud de la ville de New-York. Les attentats ont fait 2977 victimes et plus de 6 000 blessés parmi la population civile. Le dessin de Willem fait référence à la photo de Nick Ut et nous montre un pays hanté par son passé. En arrière plan, la fumée du napalm a cédé sa place à celle des deux tours en feu.

© Danziger - 2006

© Danziger - 2006

En juin 2006, le caricaturiste américain s’inspire de la photo de Nick Ut pour dénoncer le Gouvernement américain représenté par le président George W Bush, ici au centre du dessin, en lieu et place de la fillette brûlée au napalm. Il est entouré des principaux responsables de son administration : la secrétaire d’État, Condoleezza Rice (à droite), tenant par la main Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, Karl Rove, le principal conseiller et stratège politique du président, et le vice-président Dick Cheney (à gauche au premier plan). Tous courent pour échapper aux destructions qu’ils ont eux-mêmes provoquées après avoir déclenché le 20 mars 2003 l’invasion militaire de l’Irak provoquant comme dans les années soixante un vaste mouvement de contestation. Le 25 mai 2006, Gorge W Bush et Tony Blair son allié britannique, reconnaissent publiquement leur erreur.

Alexandre FAURE

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