LES FIGURES DE LA LIBERTE D’EXPRESSION : NELSON MANDELA

Publié par Heliane BERNARD

Dimanche 08 janvier 2017 | Histoire

© Kadir Nelson, « The people needed a leader. Nelson snuck a message to the people : « I will return. » », 2012 © Kadir Nelson, « The people needed a leader. Nelson snuck a message to the people : « I will return. » », 2012

Ils sont rares les hommes ou les femmes qui marquent leur siècle. Ils sont plus rares encore ceux dont les actes changent les consciences et l’histoire d’un pays, émeuvent par leur courage et leur détermination. Nelson Mandela est l’un de ces hommes. Un combattant qui a payé ses engagements par 27 années de réclusion, sans jamais perdre l’espoir et, triomphant de tout, a été élu Président de l’Afrique du Sud, la nation « arc-en-ciel », de 1994 à 1999.

MANDELA : UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ

 « Ma faim de liberté personnelle est devenue faim de liberté pour mon peuple… la faim de liberté de mon peuple est devenue faim de liberté pour tous, Blancs et Noirs. » (1)

La vie de Nelson Mandela a été un long combat, sans compromission, consacrée à des idées simples : la liberté, la solidarité, la paix entre les peuples. Il a triomphé de tous les obstacles pour l’abolition de l’apartheid, cette loi qui séparait physiquement et juridiquement, les Noirs des Blancs. Il a porté l’espoir, non seulement de son peuple, mais aussi celui de tous les exilés, exclus, résistants…

© David Horsey, « Nelson Mandela, 1918-2013 », Los Angeles Times, 2013.

Une naissance royale : Nelson Mandela, né le 18 juillet 1918 à Mvezo petit village du Transkei dans une tribu xhasas, appartient à la famille royale des Thembus. Son prénom africain est Rolihlahla (celui qui crée des problèmes !), son nom de clan Madiba.

L’enfant Rolihlahla, assis sous le plus gros baobab du village, écoute les récits des Anciens qui racontent un temps d’avant l’homme blanc, un temps où régnaient la démocratie, la justice et la solidarité. 

Les griots chantent la liberté perdue. Plus tard, loin de son village, Rolihlahla découvrira la ségrégation, les humiliations. Le pouvoir blanc a tenté de le briser, d’étouffer sa voix : il en a fait une légende dont on n’est pas près d’oublier l’épopée.

 

© Jonathan Shapiro alias Zapiro, « Nelson Mandela, The early years », Sun Times, 1998

Les années d’études : À vingt ans, Nelson Mandela est un athlète, féru de boxe qui déjà milite. Mis à la porte de l’Université pour avoir participé à une grève, il refuse de se marier selon la coutume et fuit à Johannesburg où il s’inscrit en droit. Il sera avocat pour défendre la cause de son peuple, exploité et méprisé par les Blancs. Assistant dans un cabinet d’avocats blancs, il subit, à chaque instant, le racisme quotidien, insidieux, humiliant des lois de ségrégation instaurées depuis plus d’un siècle par les Boers - ou Africaners- arrivés au XVIIème siècle.

 En 1943, en compagnie d’Olivier Tambo et de Walter Sisulu, il est un des fondateurs de la ligue des jeunes de l'A.N.C. (African National Congress) laquelle propose un nouveau mode de revendication, non plus basé sur les pétitions et les manifestations mais sur la désobéissance civile et la grève.

© Jonathan Shapiro alias Zapiro, « Tambo, Sisulu & Mandela, architects of democracy. », 2003 © Tom Bachtell, « Mandela », The New Yorker, 13 12 2013.

 

© Darrin Bell, Mandela », décembre 2013.

© Trax, « Mandela », 2013.

L’apartheid : En 1948, Le Parti national réunifié, expression politique du nationalisme afrikaner, gagne les élections. L’Union Sud-Africaine sort du Commonwealth et instaure l’apartheid (mot afrikaans signifiant « séparation, mise à part ».

Dès 1950, les individus sont classés par race, ont un lieu de résidence obligé. Toutes relations sexuelles sont proscrites entre les Blancs et les Noirs. Le Parti communiste est interdit. Les mouvements antiapartheid décident alors une grève générale pour le 1er mai 1950. Les affrontements font 19 morts. La lutte est engagée. Les Indiens, les Métis, le Partis communiste, les jeunes de la Ligue s’unissent : « Il vaut mieux tout sacrifier pour la liberté que de vivre comme des esclaves ».  L’A.N.C. (African National Congress) met en place une résistance clandestine.

Nelson Mandela, président depuis peu de l’A.N.C. du Transvaal, renforce l’organisation, recrute, forme, noue des alliances tant nationales qu’internationales. Il est arrêté.

La Charte de la Liberté : En 1955, Nelson Mandela participe à l’élaboration de la Charte de la Liberté, programme politique de l’A.N.C. En réponse Nelson Mandela est à nouveau arrêté, avec 156 personnes, pour haute trahison et conduit au Fort de Johannesburg (décembre 1956). Le soutien populaire est tel que le procès traine jusqu’au 29 mars 1961 : acquittement général.

Clandestin : Après le verdict de 1961, Mandela se sait menacé. Espionné, harcelé, il entre dans la clandestinité. Une vie errante, nocturne, commence. Sans relâche, il organise des réunions, écrit des discours, des tracts. En 1962, il fait une tournée en Afrique, se rend en Ethiopie à la Conférence du Mouvement panafricain. Dans une allocution retentissante, il déclare nécessaire la lutte armée pour la libération des Noirs. Pour la première fois, à 44 ans, pendant ses voyages, il vit l’ivresse d’être un homme libre.

« Un combattant de la liberté apprend de façon brutale que c'est l'oppresseur qui définit la nature de la lutte, et il ne reste souvent à l'opprimé d'autre recours que d'utiliser les méthodes quireflètent celles de l'presseur. (…) Sebatana hé se bokwe ka diatla : on ne peut détourner l'attaque d'une bête sauvage las mains nues.»

À son retour de voyage, le 5 août 1963, il est arrêté.

La prison à vie : Le procès de Rivonia (oct. 1963-juin 1964) qui suit son arrestation sera celui des aspirations du peuple africain, affirme Mandela, qui assure sa propre défense.

« Monsieur le président, je hais les discriminations raciales avec la plus grande fermeté, ainsi que toutes leurs manifestations. Je les ai combattues toute ma vie. Je les combats en ce moment, et je les combattrai jusqu'à la fin de mes jours….La lutte est ma vie. Je continuerai à combattre pour la liberté jusqu'à la fin de ma vie".

Condamné à la prison à vie, lui et ses compagnons, enfermés au terrible pénitencier de Robben Island, font de ce lieu de dégradation aux conditions physiques, psychologiques, climatiques épouvantables, le noyau de la résistance au pouvoir.

De haut en bas et de gauche à droite : © Rick McKee, « Mandela memorial 1918-2013 ; », 2013. © Randy Bish, « Nelson Mandela », 2013. © Adam Zyglis, The Buffalo News, 12 06 2013.

 

© Bob Englehart, « Mandela lessons » The Hartford Courant, décembre 2013.

« Pour chaque prisonnier politique, le défi est de survivre intact » écrit Mandela. Le groupe organise des grèves de la faim, des systèmes de communication avec l’extérieur. L’éducation est pour cet homme et ses compagnons, enfermés et maltraités, une priorité absolue. Ils organisent des cours, apprennent aux uns et aux autres à lire, à écrire.

Pas une minute sans rien faire. Occuper les esprits et les corps autant que faire se peut. Apprendre à réfléchir.

 « La liberté c’est bien. Mais l’éducation, c’est encore mieux car l’Afrique du Sud démocratique a besoin non seulement de l’affranchissement de la majorité noire, mais également de sa capacité à se prendre en charge ».

 

Soweto : Le 16 juin 1976, 20 000 écoliers noirs manifestent dans les rues de Soweto contre la loi qui leur impose l’africaans, langue de l’oppresseur. Plus de 1000 morts. Massacres, répressions. 

 

© Kadir Nelson, « Nelson mandela », The New Yorker, 16 12 2013.

Violences : Soweto devient un symbole dans l’histoire de l’Afrique du Sud : cette fois le monde est concerné. Mandela demande l’unité des mouvements antiapartheid et l’intensification des actions pour que vivent dans l’égalité sur cette terre d’Afrique du Sud, Noirs, Blancs, Indiens, Métis. La pression internationale se fait de plus en plus forte. À Robben Island, Mandela devient gênant. Son nom résonne dans toute l’Afrique du Sud. Le 1er avril 1982, le groupe de Rivonia est transféré à la prison de Pollsmoor, au sud du Cap. Les conditions sanitaires sont telles qu’il faut lutter pour survivre.

© David Castillejos, « Mandela », 2013. © Martin Kozlowski, « Nelson Mandela », 20 12 2013.

 

En 1988, Mandela est malade, tuberculeux. Les médias du monde entier s’emparent de son épopée. Pour le pouvoir, c’est la panique. Le prisonnier le plus célèbre du monde est soigné dans la clinique la meilleure du Cap, puis transféré à la prison Victor Vester, à Paarl.

L’année suivante, Frederik de Klerk, président d’Afrique du Sud, libère le groupe de Rivonia.

La liberté, enfin : 11 février 1990 : Mandela est libéré. Il a 71 ans.

 

© Tom Bachtell, "Mandela", The New Yorker, 13 12 2013.

© Plantu, « Mandela », 2013. © Daryl Cagle, « Mandela », 2013.

Il a fait 27 ans de bagne. De par le monde, des hommes et des femmes ont pleuré, puis ri, puis chanté et hurlé de joie à l’annonce de sa libération. Nelson était devenu un mythe. Il avait gagné.

Le 6 août, l’A.N.C. renonce à la lutte armée.

Le 30 juin 1991, l’apartheid est aboli.  

Le 15 octobre 1993, Nelson Mandela et Frederik de Klerk sont prix Nobel de la Paix.

Le 27 avril 1994, élections libres en Afrique du Sud. Mandela vote pour la première fois. Les longues files d’attente devant les bureaux de vote disent l’enthousiasme d’une conquête qui n’a pas de prix.

Elu Président de l’Afrique du Sud, il va œuvrer pour la réconciliation nationale jusqu’en 1994. Personnalité mondialement reconnue pour sa défense des Droits de l’Homme, Nelson Mandela continuera à lutter, pour l’éducation des enfants, pour la liberté des femmes, contre le sexisme, contre les inégalités.

« Racisme et sexisme sont indivisibles. De la même façon que nous avons lutté contre le racisme, nous lutterons contre le sexisme, autre forme de racisme. Les femmes exercent un rôle fondamental dans notre société. Les hommes doivent les accepter comme des égales. »

Nelson Mandela, un personnage solaire : Sa vie et ses actes exemplaires se confondent avec l’histoire de son pays. On peut l’imaginer, pendant ces années interminables, jamais vaincu, jamais soumis. Les chemins les plus arides, ces chemins terribles de l’oppression, du racisme et du fanatisme, Mandela les a traversés et les a vaincus ; il les a illuminés de son courage indomptable et de ses engagements, acclamé ensuite comme le père de la nation « arc-en-ciel ».

Il est mort à Johannesburg le 5 décembre 2013.

Heliane BERNARD

(1)   Toutes les citations sont de Nelson Mandela. Elles sont extraites de la passionnante autobiographie de Nelson Mandela Un long chemin vers la liberté, traduite de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Guiloineau, Fayard édit., 1995. 

© Clay Bennett, « Nelson Mandela », 1918-2013

Dans la même rubrique "Les figures de la liberté d'expression", à lire ou a relire :

Louise Michel 

Beaumarchais

Olympe de Gouges

Voltaire

Simone Veil

Charlie Chaplin

Remerciements à : Tom Bachtell, Pierre Ballouhey, Darrin Bell, Clay Bennett, Randy Bish, Hassan Bleibel, Peter Broelman, Daryl Cagle, David Castillejos, Patrick Chappatte, Chimulus, Jeff Darcy, Bill Day, Philippe Deveaux alias Devo, Bob Englehart, Jianping Fan, Goubelle, Steve Greenberg, David Horsey, Jeff Koterba, Martin Kozlowski, Rick McKee, Paresh Nath, Jeremy Nell, Kadir Nelson, Plantu, Petar Pismestrovic, Michael Ramirez, Scott Stantis, Trax, Arend Van Dam, Signe Wilkinson, Jonathan Shapiro alias Zapiro, Adam Zyglis.

Retour au listing