DONNER À VOIR ET À PENSER : C’EST QUOI LA LIBERTE ? (3 ÈME PARTIE) LA LIBERTÉ S’ENTRETIENT

Publié par Alexandre FAURE

Lundi 19 décembre 2016 | Histoire

© Bernard Chenez © Bernard Chenez

« La liberté est une peau de chagrin qui rétrécit au lavage de cerveau. » Henri Jeanson

LE CHEMIN DE LA LIBERTÉ 

Il est parfois difficile de comprendre et d’admettre que d’autres individus ou d’autres peuples vivent différemment, ont d’autres coutumes, croient en d’autres dieux. C’est leur liberté qui n’entrave pas la mienne. Ce chemin ne peut se faire que par la loi qui en fixe les limites, l’éducation qui ouvre et éclaire les esprits et la liberté d’esprit qui nourrit le sens critique.

LA LOI LA PROTÈGE

"Tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement" (article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, 1989). 

D’abord la démocratie

Le premier gouvernement par le peuple, appelé démocratie, est née en Grèce, à Athènes, en 507 avant J.-C. mettant fin ainsi au règne des tyrans. Être libre était un statut associé à celui de citoyen. Les citoyens étaient libres parce que leur statut leur conférait le droit de voter et de participer aux délibérations publiques  de la cité. Les esclaves, les étrangers (appelés métèques) et les femmes en étaient exclus.

PUIS LA RÉPUBLIQUE 

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » … C’est par ces mots que s’ouvre la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen instituée par la Révolution française, jetant les bases du premier régime républicain en France. La liberté est désormais perçue comme un droit naturel, elle est consacrée par la Constitution. Elle est devenue, pour chaque individu le pouvoir de faire tout ce que les lois n’interdisent pas : se déplacer, aller et venir, disposer de la liberté de conscience, dire et écrire ce qu’il veut, sans nuire à autrui. La liberté de la presse est alors étroitement liée à la revendication du droit de croire ou de ne pas croire.

De 1789 à 1792, la censure exercée par l’Ancien Régime disparaît, les journaux se multiplient. L'imagerie révolutionnaire célèbre la liberté de la presse, comme dans cette gravure où,  dans l’arrière plan s’activent les imprimeurs, et au premier plan, circulent des journaux dont on peut lire les titres :  l’Ami de la Patrie, l’Ami des lois, le Clairvoyant, le Courrier des spectacles, le Furet, le Mercure de France, le Messager, le Miroir, Le Père Duchêne, le Propagateur, le Publiciste, le Rédacteur, Le Voyageur…

Gravure anonyme, La Liberté de la presse, 1792-1794, 19,5 x 25,5cm.

 

Honoré Daumier, Un Parricide, 16 avril 1850, lithographie, Planche n° 106 de la série Actualités.

Napoléon Ier, Charles X, Louis Philippe… comme la IIème et IIIème  Républiques qui leur succéderont n’auront de cesse de mettre à mal la liberté de la presse. Dans cette gravure de 1850, parue dans Le Charivari, Honoré Daumier, vilipende le très conservateur Adolphe Thiers (1797-1877), ancien journaliste, qui s'apprête à assassiner la liberté de la presse, avec une nouvelle loi (votée le 16 juillet 1850), qui impose notamment un droit de timbre et la signature des articles.

Dans ces deux autres gravures, Louis-Alexandre Gosset de Guines, alias André Gill (1840-1885),  s’attaque à la censure dont il est victime.

En 1874, il lui donne le visage de « Madame Anastasie », une vieille femme revêche en robe jaune, portant une immense paire de ciseaux évoquant Atropos, cette divinité grecque coupant avec ses ciseaux le fil de la vie. Anastasie, en grec et en latin « la Résurrection », celle qui sans cesse ressuscite, est accompagnée d’un hibou, symbole ici non pas de la sagesse mais de l’obscurité et des croyances les plus obscures.

En 1875 il représente, yeux bandés et pieds entravés, « le journaliste de l’avenir » en butte à cette même censure. 

André Gill, Madame Anastasie, L’Éclipse, n°299, 19 juillet 1874. et André Gill, Le Journalisme de l’avenir, L’Éclipse, n°371, 5 décembre 1875.

Il faudra cependant attendre 1881, pour que la IIIème République par la loi du 29 juillet instaure le texte fondateur de la liberté de la presse qui en reste jusqu’à aujourd’hui le socle juridique.

"L'imprimerie et la librairie sont libres." Article 1 de la loi sur la liberté de la presse, 29 juillet 1981.

"Tout journal ou écrit périodiquement être publié, sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement." Article 3 de la loi sur la liberté de la presse, 29 juillet 1981.

 

Jusqu'en 1939, la haine raciale reste absente de la loi.

Face à la montée du racisme et de l’antisémitisme, le 21 avril 1939, le décret-loi dit « Marchandeau », du nom du ministre de la Justice d’alors, modifie la loi en lui permettant de recourir à une sanction pénale pour lutter contre les publications antisémites qui pullulent alors en France.

 « La poursuite pourra être exercée d’office par le ministère public, lorsque la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou une religion déterminée, aura eu pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants. »

 Sur ce dessin de Chenez figurant la liberté d’expression en combat, on peut la voir tel Hercule s’apprêtant, pour le deuxième de ses douze travaux, à  tuer l'Hydre de Lerne, ce monstre au corps de chien et à de multiples têtes dont une immortelle.

© Bernard Chenez

L’ÉDUCATION LA CONSOLIDE

« La liberté commence où l'ignorance finit. » Victor Hugo (1802-1885) 

Éclairer les esprits

On le sait, les dirigeants qui veulent imposer leurs lois maintiennent les peuples dans l’ignorance, les empêchent de s’instruire pour qu’ils ne remettent pas en cause leur autorité. En Europe, dès le XVIe siècle, des penseurs humanistes comme Erasme, Pic de la Mirandole ou Rabelais se font les porte-paroles de la liberté. L’imprimerie et le livre sont au cœur de leur engagement. Au XVIIIe siècle, appelé le siècle des Lumières, c’est-à-dire éclairé par les lumières de la connaissance et de la raison, d’autres philosophes comme Voltaire ou Diderot poursuivent leurs combats contre l’ignorance, pour la justice et la liberté de conscience.

 La Liberté éclairant le monde, appelée aussi Statue de la liberté, située sur l’île de Liberty Island aux États-unis, est le symbole absolu de la Liberté. Offerte par la France au peuple américain pour célébrer le centenaire de La Déclaration d’Indépendance américaine (1876) elle est l’œuvre du sculpteur français Frédéric-Auguste Bartholdi (1834-1904).

C’est la première vision des États-Unis que les immigrants venus d’Europe à la recherche d’une nouvelle vie et d’un travail découvraient en arrivant à l’entrée du port de New York. La statue haute de 92 mètres brandit de la main droite une torche enflammée et tient une tablette qui fait penser aux Droits de l’homme ou à la loi. La torche est le symbole de la lumière qui éclaire le monde et les esprits.

L'instruction, le premier pas vers la liberté

La Troisième République (1870-1940) a fait voter les lois de 1881 et 1882 instituant l’enseignement primaire public gratuit, obligatoire et laïque. Pour accueillir les classes de garçons et de filles les villes et les villages se sont couverts d’écoles dont le fronton s’ornait de la devise de la République, Liberté, Égalité, Fraternité.

Ces lois ont permis la scolarisation de presque tous les jeunes Français. Elles ont servi à consolider la République menacée par les conservateurs qui voulaient le rétablissement d’un roi. 

 

LE SENS CRITIQUE LA NOURRIT

LIBERTÉ DE DIRE ET DE PENSER

Une autre liberté fondamentale est celle de la parole et des écrits, appelée liberté d’expression. La liberté d’opinion, de conscience et d’expression sont des libertés extrêmement précieuses. La liberté de la presse fait partie de ces principes.

© Honoré Daumier, « Coucou ! Le voilà ! », Lithographie, Planche n° 81 de la série Actualités, publiée dans Le Charivari, le 6 avril 1866. Le journal La Liberté, fondé en 1865 par Charles Müller, a été racheté, en 1866, par Émile de Girardin. © Angel Boligan

La caricature, la satire comme le rire deviennent les garants de la démocratie, la mettent à l’épreuve.

Dans les années soixante le dessinateur Siné (1928-2016) devient la figure de proue du combat pour la liberté d’expression. En décembre 1962, il fonde son propre journal : Siné massacre, qui consacre son 4ème numéro à la liberté de la presse. Violemment pamphlétaire à l'égard du général de Gaulle et de la politique coloniale, vigoureusement antimilitariste et anticléricale, affaibli par nombreux procès, le journal doit  cesser sa publication après la parution de son 9e numéro en avril 1963. En 1968, Siné relance L’Enragé, avant de rejoindre en 1981 l’équipe de Charlie Hebdo où il va signer jusqu’en 2008  sa rubrique « Siné sème sa zone. » 

© Siné, "Bien sûr !.La presse est libre !", Juin 1960 © Siné, La Liberté de la presse, Siné massacre, 10 janvier 1963

© Kianoush Ramezani

 

Alexandre FAURE

 À lire ou à relire :

Donner à voir et à penser : C'est quoi la liberté? (1ère partie) La liberté : allégories & symboles 

Donner à voir et à penser : C'est quoi la liberté? (2ème partie) La liberté se conquiert.

Donner à voir et à penser : C'est quoi la liberté? (4ème partie) La liberté s'invente

Donner à voir et à penser : C'est quoi la liberté? (5ème partie) La liberté s'écrit de A à Z

Remerciements à : Angel Boligan, Bernard Chenez, Vasco Gargalo, Kianoush Ramezani, Pancho. 

Hommage à : Honoré Daumier, Jean Effel, André Gill, Siné. 

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