13 NOVEMBRE 2015

Publié par Heliane BERNARD & Alexandre FAURE

Jeudi 19 novembre 2015 | Actualité

© Jean Julien, 13 novembre 2015

Je ne suis pas seulement Paris, je suis tous ceux qui sont tués partout dans le monde parce qu’ils vivent la vie.

© Jean Julien, 13 novembre 2015

© Jean Julien, 13 novembre 2015 Une tour Eiffel dans le signe de la paix. Depuis vendredi soir, un dessin de la tour Eiffel incrusté dans un symbole de la paix s’est généralisé sur les réseaux sociaux. Il est né dans l’esprit de Jean Jullien, un illustrateur d’origine nantaise installé à Londres, âgé de 32 ans. Il raconte aux Inrocks, avoir réalisé ce dessin de manière très spontanée” après avoir appris les attentats sur France Info : “J’ai appris la nouvelle et la première chose qui m’est venu à l’idée a été de dessiner un symbole de Paix et de solidarité envers Paris. C’était une réaction à chaud, en tant que personne, pas en tant que professionnel. J’ai vu mes amis et famille partager leur sentiment en ligne, ce qui est aujourd’hui une réaction assez instinctive. J’ai fait la même chose, pour montrer que je pensais aux gens, comme tout le monde. Il s’avère juste que je m’exprime naturellement avec des dessins plus qu’avec des mots.”

    Dans ces quartiers de vie où se côtoient des gens de toutes origines, où se retrouvent des amis, où se nouent des amitiés et des amours, des sanguinaires ont préparé et exécuté, vendredi 13 novembre, l’assassinat d’un mode de vivre.
    Ces rats psychopathes qui se nourrissent de pensées ordurières ont massacré des femmes, des hommes qui, après une semaine de travail, se retrouvaient sur une terrasse de café, une salle de spectacle, un stade…, pour boire un verre, écouter de la musique, danser, jouer, parler et rire. Ces cloportes abjects ont exécuté des hommes, des femmes qui, citoyens de notre république, étrangers en visite, étudiants, étaient là pour un moment de vivre ensemble, simplement, un moment de convivialité. Ces criminels vouent aux enfers toutes formes de vie et de penser autres que celles qu’ils exigent. Ils sont la mort. Ils sont ceux qui habitent au plus profond des mares puantes.
    Cette fois, les victimes de ce vendredi noir ne sont pas morts du fait de leur religion, de leurs dessins, mais à cause d’une volonté de ces enragés : foudroyer la liberté. Cette fois, on ne pourra arguer d’une quelconque « raison », comme certains l’ont fait au moment des attentats contre Charlie ou contre l’épicerie kascher. Cette fois, chrétiens, musulmans, juifs, athées ou indifférents ont été exécutés, fauchés, abattus, parce qu’ils étaient là, par un soir tiède d’automne, à profiter de leur liberté.    
    
    Mais parler de brutes, de barbares, dénoncer ces lâches assassins ne suffit pas. Il est important de comprendre pourquoi et comment ils en sont arrivés là. Pourquoi et comment on en est arrivé là !
    De tels actes terroristes ne sont pas gratuits. Ces brutes fanatisées, nées pour la plupart dans nos démocraties européennes sont en effet manipulées et instrumentalisées par des cerveaux machiavéliques et pervers qui poursuivent un but bien précis. Des cerveaux qui veulent  instaurer un royaume ou califat, sans frontière, fasciste, génocidaire dont l’idéologie religieuse, archaïque et apocalyptique ainsi que le projet politique n’ont rien à envier au nazisme. Il ne faut pas se tromper, ce projet veut détruire la démocratie, notre république laïque, nos valeurs fondamentales et imposer une idéologie hégémonique, totalitaire.
    Pour ce faire, ces religieux prônent le retour à un régime juridique islamique médiéval. Ils installent la peur et la division pour provoquer la guerre civile. Leurs armes : le viol, la guerre, la torture, la terreur et la violence, la lapidation, la crucifixion, l’esclavage et les amputations de toutes sortes, justifiées par la charia (loi islamique) mais encore le terrorisme le plus aveugle dont la France vient d’être victime et dont les modes opératoires sont clairement définis dans l’ouvrage « Gestion de la Barbarie », que son auteur un « certain » Abou Bakr Naji présente  comme le livre de chevet du parfait djihadiste.  Cette violence dans les faits, cette sauvagerie dans les actes s’appuie sur une rhétorique du verbe et de l’image, sur une pornographie de l’horreur qui mobilise et exalte la violence assassine par une propagande efficace, accessible en un clic sur la toile à travers les chaines You Tube, sur les blogs appelant au djihad et encore sur l’ensemble des réseaux sociaux.
    

© Jean Julien, 7 janvier 2015

© Jean Julien, 7 janvier 2015 En janvier suite à l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, son dessin opposant une kalachnikov et un crayon avait déjà fait le tour des réseaux sociaux.

    Nos armes à nous tous, c’est le dialogue, l’expression, la tolérance. Il nous faut défendre bec et ongles, sans nuance, la laïcité, cette idée qui donne le droit à tous de croire, de ne pas croire, le droit de vivre ensemble et de laisser à l’autre la liberté de son intimité spirituelle. C’est un droit imprescriptible de notre république, impératif. Il ne faut pas céder à la peur. Il ne faut faire aucune concession, n’avoir aucune compromission. Nous sommes en république, nous sommes en démocratie et c’est ce que ne peuvent supporter ces idéologues d’un pouvoir fanatique. La liberté est notre bien à tous, aux chrétiens, aux musulmans, aux non croyants, à tous, et tous en rêvent et veulent la vivre. Aucun peuple n’aspire à l’esclavage mental, aucun peuple ne veut être enchaîné pour son mode de vie ou de penser. Ils ne nous soumettront pas. Ils n’extermineront pas notre art de vivre. Notre réponse sera sans faille. Pied à pied, inlassablement, nous défendrons nos idées. Nous serons fermes et intransigeants. Notre outil, ce sera l’éducation.
    Aujourd’hui, plus que jamais, faisons notre la devise VIVRE ENSEMBLE et restons vigilants face aux discours communautaristes et identitaires qui profitent de cette actualité de crise pour aiguiser les rancœurs et désigner des boucs émissaires.    
    

© Jean Julien, couverture de Télérama, n°2773, 17 au 23 janvier 2015.

© Jean Julien, couverture de Télérama, n°2773, 17 au 23 janvier 2015. Sa couverture réalisée suite aux attentats de janvier mettant en exergue la devise de la république française nous semble plus que jamais d’actualité.

    Aujourd’hui, nous sommes dans l’effroi, dans les pleurs, mais nous serons combattants. Nos valeurs ne peuvent être entamées par aucun terrorisme. Oui, nous avons peur, mais nous ne baisserons jamais la tête. Nous sommes entrés, le 13 novembre, en résistance. Les générations qui ont vécu la Seconde Guerre Mondiale et se sont dressées contre le nazisme connaissent ce mot, résistance. Il s’appliquera aujourd’hui, à notre quotidien.
                                
Heliane Bernard & Alexandre Faure

Remerciements : Jean Julien

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