1001 pièces de Maisons, liberté (s) d’expression

Publié par Heliane BERNARD

Mardi 30 mai 2017 | Actualité

Marie-Camille Giraud et Corinne Brun dans un duo de L’Atelier de Théâtre lors du vernissage de l’exposition « 1001 pièces de Maisons ». © Photo Syl... Marie-Camille Giraud et Corinne Brun dans un duo de L’Atelier de Théâtre lors du vernissage de l’exposition « 1001 pièces de Maisons ». © Photo Sylvie Pascarel

Apparemment cette exposition « 1001 pièces de Maisons » n’a pas grand-chose à voir avec Le Crayon, défense et illustration de la liberté d’expression. Et pourtant ! il s’agit bien, à travers photos, textes et créations, de la plus grande liberté qui soit, rarement mise en avant, celle d’exprimer un quotidien anonyme, un réel minuscule.

Conter. Raconter. Libertés  des expressions.

Elena Bosco, marionnettiste et actrice, fondatrice de l’association La Robe à l’Envers à Ramatuelle, accompagnée de Flore Hofmann, comédienne, mime, metteur en scène, nous ont offert lors du vernissage de l’exposition, vendredi 26 mai, un impromptu, où se partageaient dynamisme, talent, créativité, poésie et rêveries.

Conter. Raconter. Libertés  des expressions. C’est bien de cela qu’il s’agit. Laisser aller de l’âme et du cœur. Rires des mots qui s’accordent et nous dégagent de la pesanteur.

Photo de gauche - Elena Bosco, marionnettiste et actrice, fondatrice de l’association La Robe à l’Envers à Ramatuelle, accompagnée de Flore Hofmann. Photos de droite - Vernissage de l’exposition « 1001 pièces de Maisons » vendredi 26 mai : un impromptu, où se partageaient dynamisme, talent, créativité, poésie et rêveries. © Photos Sylvie Pascarel

Des croisements de langages créatifs multiples

Langages divers. Ecritures diverses.  Ces théâtreuses ont mis sur pied une petite troupe de comédiens amateurs, L’Atelier de Théâtre, qui se sont appropriés des temps de vies ignorés. Défricher. Déchiffrer. Faire surgir des images. Délivrer des vies ordinaires qui se laissent deviner, apprivoiser, sans emphase : « les choses de la vie », simplement.

Aux côtés des morceaux de textes d’auteurs contemporains, dits au milieu des spectateurs médusés et heureux, associés aux comédiens, il y a aussi, et qui restent durant l’exposition, les photos d’intérieur et les textes écrits par les comédiens amateurs qui se sont emparés d’une photo et ont laissé leur imagination voguer dans les espaces de vie d’autres anonymes et que l’on peut écouter avec des casques audio. Ils surgissent, violents, tendres, évidents, toujours beaux. Cette poésie des « invisibles » découvre des vérités quotidiennes.

Avec cet impromptu, et c’est cela qui est tellement jouissif, acteurs, spectateurs, écouteurs, sont un tout. On est dedans. On est dehors. Les deux à la fois. On partage.

De gauche à droite et de haut en bas – Stéphanie Jockin, et Sophie Brissac, Flore Hofmann et Patricia Guiffant, Elena Bosco et François Couderc dans trois duos de L’Atelier de Théâtre. © Photos Sylvie Pascarel

Et les créations des enfants !

Alors là, Elena a montré tout son talent d’accoucheuse d’imagination. Au Centre de Loisirs de Ramatuelle, et exposées ici, les cagettes de bois léger sont devenues décors de chambre rêvée, de cuisine inventée, de bibliothèque et ont accueilli le mobilier construit avec des petits riens qui deviennent immenses de féerie et de tendresse.

© Photo Sylvie Pascarel

RACONTER SA VIE À TRAVERS CES PHOTOS

Raconter sa vie à travers ces photos de pièces d’appartement, c’est se livrer à l’autre, aux autres, et c’est pour le spectateur, embarqués dans ces intimités, s’intéresser à eux. Les uns se sont rendus visibles, les autres les ont accueillis. Moments de grâce. Cet ordinaire des petites vies est un échange entre les uns et les autres, une tentative (réussie) de se comprendre, de ne plus s’ignorer et par conséquent de s’ouvrir à d’autres mondes, dans une société aujourd’hui si diverse. 

Echange de mots. Ecoute des mots. Sans le dire, sans flon-flon inutiles, sans discours ronflants, nos deux égéries créent du lien heureux. Elles donnent la parole. Elles libèrent l’expression. Leurs initiatives apportent des respirations, une circulation d’inventivité.

 

Sans le dire, sans flon-flon inutiles, sans discours ronflants, nos deux égéries Elena Bosco et Flore Hofmann créent du lien heureux. © Photos Sylvie Pascarel

Leurs projets sont aux antipodes des dogmes négatifs, pessimistes et enfermants. Ces deux là font de la résistance à la morosité et entraînent les inspirations. Ces existences quotidiennes et ces lieux d’inconnus sortis de l’ombre génèrent inspiration, plaisir et communication réciproque. Elena, à ce propos a écrit :

« 1001 pièces de maisons » se pose sous le signe de la continuité avec notre précédente installation « Ramatuelle, ombres & lumières » (novembre 2016). Ces deux projets répondent au besoin de raconter les vies ordinaires et la réalité quotidienne. Raconter est une façon d’ « affirmer sa singularité et en même temps se découvrir participant d’une communauté d’expérience ; lier son je à un nous », nous dit Pierre Rosanvallon dans Le parlement des invisibles, en décrivant son projet d’une démocratie narrative. Raconter est une façon d’agir, de s’approprier son existence et de lui donner du sens, de s’insérer dans une histoire collective. Raconter c’est s’ouvrir à autrui, solliciter son intérêt, et en retour, s’intéresser à lui. »

Que La Robe à l’envers et l’Atelier Théâtre continuent de nous réjouir et de nous étonner !

Heliane BERNARD

Exposition Mille et une pièces de Maisons,  exposition du 25 mai au 4 juin 2017, Le Garage, avenue Georges Clemenceau , 83 350 Ramatuelle

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